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Le lendemain à la Prison de Kemijärvi, 11h00.

Comme tous les mardis à 10h30, le Dr. Viktor Tulinen avait sa séance avec Helga. Comme chaque mardi, il essayait d’aider sa patiente pour qu’elle progresse mentalement et il essayait par la même occasion de comprendre son mode de fonctionnement.
Il était toujours l’objet de sa « convoitise » et il continuait d’en jouer volontiers pour arriver à ses fins mais il devait avouer que cela faisait plusieurs semaines qu’il stagnait.
Il n’avait, par exemple, absolument rien tiré de la visite de Sledge Hietala et de sa famille. A plusieurs reprises il avait tenté de demander à Helga ce qu’elle pensait du pardon que lui avait accordé le jeune homme et à chaque fois elle se contentait de hausser les épaules, comme si elle n’en avait absolument rien à faire.
C’était comme si Sledge était un lointain souvenir pour elle... voire même un inconnu. Elle s’était complètement désintéressée de lui et avait tout reporté sur sa personne.

- Alors... quand est-ce que vous la quittez ? L’entendit-il lui demander, le faisant un peu sortir de ses songes. Il la vit regarder son alliance avec grande insistance.
Elle parlait de sa femme. Depuis quelques semaines, elle s’était mise dans la tête qu’il allait la quitter pour elle. Il ne savait pas d’où cette idée lui était venue mais il fit bien attention à ne pas la contrarier en lui disant la vérité. À savoir qu’il ne le ferait jamais parce qu’il aimait sa moitié à en mourir et cela depuis plus de trente ans et après cinq enfants.
♬ Steve Jablonsky - Sacrifice ♬

Alors qu’il allait lui répondre de manière très évasive afin que la séance puisse continuer, ils furent interrompus par l’arrivée d’un garde dans la pièce. Viktor regarda l’heure sur l’horloge accrochée au mur, pensant que la fin de la séance était arrivée mais il constata qu’il restait encore un bon quart d’heure avant qu’Helga et lui ne se séparent pour la semaine.
- Vous êtes un peu en avance. Revenez la chercher dans quinze minutes... Se contenta de dire le Dr sans même se retourner.

Soudain, pour la toute première fois depuis qu’il s’occupait d’Helga, il vit la peur se traduire sur le visage de cette dernière. Instinctivement, il se leva de son siège pour faire face à son interlocuteur et là, il vit un jeune homme aux cheveux blonds platines et dont l’œil droit était traversé par une très longue balafre, grimé en officier de l’établissement. Il ne faisait clairement pas parti de ses employés et alors qu’il s’apprêtait à appuyer sur le bouton sous la table pour alerter tout l’établissement, il fut stoppé net par l’arme que brandissait le malfrat en sa direction.

- Si j’étais toi, je ne ferai pas ça, Doc... Dit-il alors de sa voix rocailleuse. Il tourna alors légèrement la tête vers Helga qui était comme vissée sur sa chaise, morte de peur. - Salut, toi. Ça fait longtemps. Tu te souviens de moi... ? Lui demanda-t-il alors, l’air malicieux.
La jeune femme, ne trouvant pas encore la force de répondre, se contenta de hocher la tête. Comment pouvait-elle oublier Serkan... ?
- Pour te remercier de ne pas m’avoir poucave, je me suis dit que j’allais t’aider à sortir. Lui expliqua-t-il alors. - J’ai soudoyé tes gardes, t’inquiète. Ils nous laisseront sortir sans problèmes. Une fois dehors, je te remettrai un passeport Tchétchène, une nouvelle carte d’identité et un billet pour Groznyï. Tu pourras refaire ta vie là-bas...

- Ne faites pas ça, monsieur ! Voulu intervenir Viktor avant de se prendre une droite par le jeune homme.

À ce moment-là, Helga vit rouge de voir l’homme à qui elle tenait se faire violenter et sans réfléchir, elle alla à la rescousse de Viktor et se mit à frapper Serkan de toutes ses forces, à la plus grande surprise de celui-ci.
- Mais qu’est-ce que tu fais, espèce de salope ! S’exclama le jeune homme, soudainement en colère de se faire attaquer par celle qu’il voulait sauver. - J’suis là pour t’aider et tu me frappes ?!!

Bien évidemment plus fort que la jeune femme, il ne mit pas longtemps avant de la jeter par terre aux côtés du docteur qui avait réussi à appuyer sur le bouton d’urgence qui avait discrètement bloqués toutes les portes de sorties de l’établissement et appelé la police. Il ne leur restait plus qu’à tenir trois minutes avant leur arrivée... et vu la situation où ils se trouvaient ces trois minutes semblaient équivalentes à trois décennies.
- Ne nous faites pas de mal, je vous en prie ! Le supplia Viktor, effrayé au plus haut point.
- Ta gueule, Doc ! Vociféra presque Serkan, hors de lui. - Tu vas me le payer, sale connasse ! Dit-il ensuite en direction d’Helga, qui le regardait avec toujours avec autant de peur.
- Je t’ai rien demandé, moi... Je veux rester ici, avec Viktor. Il m’aime et je l’aime !
Serkan la regarda comme si elle était folle à lier pendant quelques secondes, avant que son rictus de colère ne refasse surface sur son visage furibond.
- C’était pas des lol, alors... T’es vraiment tarée, en fait. Niklaas mentait vraiment pas à ton sujet. Dit-il alors.
Niklaas était l’un des officiers qui était censé veiller sur elle depuis son arrivée dans l’établissement. Il était celui avec qui Serkan avait pris contact en venant faire du repérage dans l’établissement pénitentiaire il y a quelques mois. Le grand blond platine bossait sur le projet d’évasion d’Helga depuis près d’un an et là tout tombait à l’eau parce que cette folle était tombée amoureuse de son Docteur.
Il aurait su, il serait resté tranquille dans son coin à faire son business ! Pour la peine, elle allait payer pour ses efforts inutiles et chèrement !
- Bah tu sais quoi... ? Pour la peine j’vais le liquider, ton homme ! Pétasse, va ! J’me suis crevé le cul à te créer une nouvelle identité, j’ai failli me faire refroidir pour ça, en plus ! T’as pas idée comme ils rigolent pas les Tchétchènes et j’ai dû faire des choses dont tu n’as même pas la moindre idée pour t’avoir cette nouvelle identité ! Et toi tu me prends pour un con et fait capoter mon plan ?! Ça va clairement pas le faire ! Cria-t-il en chargeant son 9mm.

Durant sa litanie, il n’entendit même pas les sirènes de la police retentir à l’extérieur et alors qu’il se rapprochait de ses deux victimes, il pointa son arme vers la tête de Viktor qui vit toute sa vie défiler devant ses yeux déjà embuées de larme. Alors c’était comme ça qu’il était censé mourir ? C’était ça son destin... ? Tué par un junkie sur son lieu de travail sans même pouvoir dire au revoir à sa femme bien aimée et à ses enfants ?!
Alors qu’il priait son Dieu, prêt à accepter son destin et à rejoindre le paradis, il eut le temps de voir les policiers arriver dans la pièce mais malheureusement, Serkan eut également le temps d’appuyer sur la détente alors même que les forces de l’ordre le neutralisaient en le criblant de balle...
